Olivier Merbau

auteur, traducteur

Passion principale : la mer, la voile, la plongée (et oui, tout ça ne fait qu’une seule passion!)
Passion principale bis (mais nullement secondaire) : les hommes, leur Histoire commune faite de leurs histoires personnelles (et oui, tout ça ne fait qu’une seule passion aussi!)

Préoccupation permanente depuis l’éveil de la conscience au moment de l’adolescence : notre pauvre petite planète malmenée par une espèce prédatrice, l’espèce humaine (et ce n’est pas une race et elle n’est pas composée de sous-races!)

Préoccupation d’aujourd’hui et de demain : l’Expédition Escondida, qui va permettre de “découvrir” la dernière terra incognita de notre petite planète, l’île cachée qui servit de base arrière à Corto Maltese dans la Ballade de la mer salée. Un peu loufoque pensez-vous? Ah bon… Vous croyez vraiment qu’il n’y a rien à apprendre en cherchant une île oubliée du Pacifique?
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Mes outils pour être libre :
en mer : mon voilier et mes palmes ;
à terre : ma moto ;
partout : mon stylo ;
Le regret de ma vie : ne pas avoir cultivé cet autre outil de liberté qu’est un instrument de musique.
Il n’y en a pas d’autres que ces quatre là.

La Covid 19 m’a permis de réfléchir au destin de l’humanité. Voici quelques conclusions, qui ne valent que pour le moment très particulier que nous vivons en ce moment et pourront se révéler fausses, inadaptées ou obsolètes dans d’autres circonstances.

La panique généralisée qui semble régner partout dans le monde me laisse pantois. Enfin quoi ? Voilà un petit virus, même pas spécialement mutant si j’ai bien compris, qui n’a fait que quelques dizaines de milliers de morts sur l’ensemble de la planète, et le monde s’arrête de tourner ? J’ai appris hier soir faire partie de ceux qui sont frappés par cette tragédie, mais il faut quand même se rappeler que tous les humains sont mortels ! Tous les vivants sont mortels ! L’échéance dans nos pays développés a reculé, mais à la fin, on meurt… ! La vie est mortelle, vous ne saviez pas ?

Le problème soulevé par cette pandémie, pour sérieuse qu’elle soit, réside plus dans la solidité de la construction sociale, et même si je m’en doutais un peu, j’avoue être abasourdi de sa fragilité si soudainement révélée. Voici donc le moment où il faut faire le choix conscient entre la survie ou la disparition de la société.

On croyait ce moment lié à la crise environnementale, dont la lenteur, pour inexorable qu’elle soit, permettait de réfléchir en termes d’années, ce qui est fort peu à l’échelle de la planète mais représente une éternité quand l’échéance de la réflexion des dirigeants et des médias est l’élection suivante. Pour n’avoir pas su évoluer dans les soixante dernières années, nous allons devoir révoluer en quelques mois, et donc prendre des décisions brutales qui vont entraîner inexorablement une casse sociale forte, amplifiée encore par la caisse de résonance des médias propagateurs de panique et des réseaux sociaux qui déconstruisent les relations collectives aujourd’hui alors qu’ils pourraient et devraient être les instruments de réflexion, d’éducation, d’apprentissage, d’approfondissement et de partage de pensées et de cultures diverses.

Quelques rappels me semblent nécessaires : sans même parler de la faim dans le monde qui tue un enfant toutes les 11 secondes – oui, vous avez bien lu, 11 secondes – la Covid19 n’est pas la première pandémie à laquelle doit faire face l’humanité. Des pestes du Moyen-Age qui ont coûté la vie à la moitié de la population européenne (comparez avec les chiffres de la Covid…) à la grippe de Hong Kong de 1960 (plus de un million de morts…), des précédents permettent d’avoir une vision grossière mais globale de l’avenir. Il est donc certain que :
1/ L’espèce humaine survivra.
2/ Elle acquerra une immunité plus ou moins forte contre la Covid 19.
3/ Certains comportement individuels vont changer, notamment dans les échanges commerciaux.
4/ Les déplacements vont changer. Certains secteurs industriels, ceux de l’automobile, du transport aérien, de la construction maritime et aéronautique, vont sans doute avoir des difficultés. Il n’est cependant pas certain que les transports en commun, facteurs de propagation des virus, soient plus empruntés en dehors des métropoles urbaines, surtout sans effort massif collectif pour un redéploiement dans les zones rurales.
5/ Les loisirs et le tourisme doivent changer, les voyages vers un exotisme lointain se raréfier en faveur d’une relocalisation ; et qui se plaindra de ne plus voir ces paquebots gigantesques et sales et leur clientèle brouillonne débarquer dans de petites îles de rêve incapables de faire face à leur masse démesurée et leur vulgarité ? Cela s’applique aussi aux campagnes et au littoral de manière générale.
6/ La culture et les valeurs sociales vont changer. Boris Cyrulnik a prédit le retour de valeurs traditionnelles comme la famille ou une identification réaffirmée à un territoire. Cependant, il est à craindre que les petites boutiques spécialisées, les lieux culturels appelés à accueillir un grand nombre de personnes, musées, cinémas, théâtres, salles de concerts, spectacles vivants, vont être sinistrés. Outre la perte culturelle, ce sont des emplois locaux en moins !
7/ En revanche, certaines choses n’ont JAMAIS changé lors de ces pandémies : les pouvoirs politiques, économiques, religieux, financiers, ont toujours survécu sans être remis en question, et assez souvent même ils en sont sortis renforcés. Il n’y a aucune raison de croire que la Covid 19 renversera la propriété privée ou le capitalisme, les religions quelles qu’elles soient, les institutions du capitalisme mondial, ni même les gouvernements, l’organisation territoriale ou administrative, et leurs procédures de fonctionnement.

Si on s’exonère du problème de l’emploi, tout ça est finalement très bon pour la planète car c’est tout bêtement moins de consommation de pétrole ! En un mois de confinement de la moitié de la population planétaire, la production a chuté de moitié. C’est un bon début, même si les experts du GIEC certifient que ce ne sera pas suffisant pour enrayer les catastrophes liées au réchauffement climatique et à la montée du niveau des océans qui seront bien plus graves que la Covid 19 !

Si on intègre le problème de l’emploi, c’est le brouillard le plus total : les politiques ne parlent que de revenir au statu-quo-ante, c’est à dire à un système dont le seul outil de mesure, la solvabilité financière, vient de démontrer qu’il n’est pas bon, notamment pour tous ces métiers invisibles dont on s’aperçoit combien ils sont primordiaux sinon demain on meurt – et ce n’est pas une figure de style ! – les soignants, les pompiers, les éboueurs, les livreurs, les aidants pour les handicapés et les personnes âgées, etc. On peut rajouter les éduquants à qui on demande d’apprendre à nos enfants à se comporter et à réfléchir mais à qui on ne donne que les moyens d’apporter quelques connaissances partielles. Or l’instruction, c’est ce qui peut permettre d’éviter des écueils à notre société dont les comportements violents et déviants, et il n’y a pas d’autre moyen.

Dégât collatéral : beaucoup de conquêtes sociales sont ouvertement ou subrepticement remises en question, provisoirement sous prétexte d’une situation exceptionnelle, mais sans précision quant à la durée du provisoire dont la pérennité devient pourtant une question primordiale. Si on reste dans la logique comptable du monde actuel, il faudra bien équilibrer les comptes à un moment donné, et donc ce seront les peuples qui paieront au final : écoutez les discours ministériels.

A côté de cela, partout dans le monde, les gouvernements, qu’ils soient d’essence dictatoriale ou élus, ont pris des mesures de restrictions des libertés individuelles sans précédent connu en temps de paix. Rien aujourd’hui ne permet d’affirmer qu’ils procéderont au rétablissement de ces libertés ou inciteront à une évolution comportementale. Toujours et partout, la répression brutale est à l’œuvre, et l’ampleur de ces interdictions laisse dubitatif : par exemple pourquoi interdire la navigation en mer alors qu’un bateau est par nature l’endroit le plus confiné au monde ?

Bien sûr, rien ne pouvait laisser présager une crise de cette nature ni de cette ampleur et se propageant à cette vitesse. Les politiques sont avant tout des humains, ils ont les limites cognitives et divinatoires des humains, n’allons pas chercher des polémiques sur l’anticipation ou non de la pandémie, et qu’ils aient été informés ou pas dans les jours, les semaines, ou les mois précédents, relève déjà de la querelle d’historiens. Il y a mieux à faire que perdre de l’énergie et du temps en tergiversations stériles.

Mais ce qui frappe surtout, c’est l’improvisation générale et la courte vue de leurs actes. Ils jouent le coup d’après sans sembler avoir de stratégie à moyen ou long terme – et on parle uniquement en semaines et en mois ! Ou alors, si stratégie il y a, elle est soigneusement cachée, ce qui en ces temps où la vraie vie de vrais milliers voire millions de gens est en jeu, est proprement inadmissible pour des personnes qui ont tous, à la base, été élus par ces mêmes gens ! Et si cette stratégie est cachée, dans quel but ?

La question de confiance envers les dirigeants est donc légitime. Pourtant l’immense majorité se soumet. En France, les forces de l’ordre appliquent sans état d’âmes les ordres qui leurs sont donnés avec une inhumanité hallucinante, comme ces personnes renvoyées chez elles après avoir été verbalisées parce qu’elles se rendaient au chevet d’un parent mourant ! L’examen de la constitutionnalité des décrets restreignant la liberté de déplacement est renvoyé à plus tard. Les institutions européennes brillent – une fois de plus – par leur absence, prouvant – une fois de plus – que l’Europe est devenue une simple coquille économique et financière, dont le but unique est de satisfaire les marchés au détriment des peuples qui la composent. Les frontières intérieures ont de fait été rétablies. Le rêve des Monnet, Schuman, Adenauer, et de Gaspieri a bel et bien vévu.

Dans ces circonstances, il apparaît urgent de revenir aux fondamentaux comme on dit en rugby, et de redéfinir la grille des valeurs qui sont censées diriger la conscience individuelle et collective.
1/ Notre monde est UN – le chiffre : il n’y en a pas de rechange, il n’est pas rechargeable. Au temps de la mondialisation planétaire, il faut un organisme planétaire supranational et doté de moyens contraignants pour réguler les activités humaines et sortir de la considération imbécile de compétition et de concurrence, fût-elle libre et non faussée, ce qui ne veut rien dire, faites une analyse linguistique des mots employés ! Il faut une vision commune, des objectifs communs, une universalité commune. La méthode du plus petit dénominateur commun n’est plus adéquate : on n’a plus le temps des compromis chers aux politiques professionnels du XXème siècle. Le temps des tergiversations est passé.
2/ Il faut cesser les gaspillages irresponsables causés par les petites envies individuelles, que ce soit de matières premières, d’énergies, ou de biens manufacturés. Revenons aux besoins fondamentaux : se nourrir, se chauffer en hiver, se déplacer, se cultiver. Nous ne ferons pas l’économie d’une redéfinition de la notion de ‘’croissance’’.
3/ Il faut assurer le respect strict de la liberté individuelle et de la vie privée de chacun, ce qui passe aussi bien par un encadrement strict de certaines pratiques commerciales, notamment en terme de fichage généralisé ou de surveillance informatique d’habitudes de consommation qui ne regardent que chaque consommateur; que par l’encadrement des droits accordés à la police : la commande de drones de surveillance par le ministère de l’Intérieur, après celle de grenades lacrymogènes et de munitions pour les CRS, pour quatre millions d’euros (alors que les hôpitaux manquent cruellement de fonds), n’est pas admissible: les citoyens n’ont pas à être surveillés dans leur vie privée! Où est le respect de la Déclaration des Droits de l’Homme et du préambule de la Constitution? Ou alors que le gouvernement dise carrément que nous vivons dans une société fasciste!
4/ Le respect strict de la dignité des personnes est indispensable pour pacifier notre société hystérique. L’hyper-violence verbale ou physique devenue systématique des fonctionnaires de police n’est pas admissible, et c’est vrai aussi pour les ministres et les hauts fonctionnaires ! Si la violence pouvait résoudre les problèmes, cela fait longtemps que l’harmonie universelle régnerait en ce monde !
5/ Le respect strict d’une moralité exigeante est indispensable pour les membres des gouvernements comme pour les actionnaires et les dirigeants des grandes entreprises. Et cela doit passer par un plafonnement des salaires, une interdiction de certaines pratiques managériales ou de gestion financière, la fin des manipulations et magouilles légales de ce qui est de la fraude fiscale, et la fin de l’immunité pour les gouvernants.
6/ Il faut assurer le recrutement, le financement, la formation, des professions dont la Covid 19 vient de démontrer en quelques jours que les règles uniquement comptables ne peuvent en aucun cas leur être appliquées, et leur donner les moyens d’accomplir leur mission. Les considérations comptables sont hors de propos !
7/ La responsabilité environnementale devant les générations futures des personnes mais aussi des entreprises DOIT passer par une réécriture de ce texte législatif fondamental mais auquel personne ne pense jamais : le Plan Comptable doit intégrer la dimension écologique et sociale de chaque production, chaque transaction, et sans oublier qu’il faut aussi gérer en aval la déconstruction, le recyclage, la fin, de chaque produit ou process.
8/ Il faut réécrire et simplifier toutes les lois et règlements administratifs : aujourd’hui plus personne n’y comprend plus rien, les législateurs et les magistrats moins que quiconque ! Le corpus législatif, c’est le lubrifiant du moteur qui permet à la société de fonctionner. Comme dans tout moteur, si le lubrifiant est trop vieux, trop pâteux, trop chargé de débris, il ne lubrifie plus : il bloque. Il est urgent de vidanger le moteur de notre société et d’adapter les filtres !

Nous avons la chance extraordinaire de disposer d’outils pour répondre à l’urgence de la situation : l’informatique et la couverture mondiale générale par les moyens de communication portables permet à tout le monde d’être joint quasiment partout et à toute heure, même à l’autre bout du monde. Ce fait est sans précédent dans l’Histoire. Mais ne nous trompons pas : la technique n’est qu’un outil, il n’apporte d’autre avantage que de comprimer le temps.. que ce soit pour progresser ou pour régresser !

Le temps imparti, c’est précisément ce qui change. Le coronavirus nous signale qu’il nous faut compter en jours et semaines pour adapter notre société, pas en années ! Cela signifie que ce qui aurait pu être progressif, étalé sur quelques années, va devoir se faire en quelques semaines. Prenons un exemple : cela fait quatre-vingt ans que l’agriculture est devenue ‘’industrielle’’ à grands renforts de produits chimiques. Cela fait soixante ans que les ravages en sont connus et que les politiques en ont été avertis. Ils auraient pu prendre des mesures de transformation et d’accompagnement qui auraient permis aux agriculteurs de sortir de cette spirale mortifère sans casse, et sans doute même sans heurts. Mais ce n’était pas très bon électoralement et ils ont donc tergiversé, renvoyé à plus tard. Aujourd’hui encore, les mesures d’accompagnement au passage ou au maintien en bio sont rares, partielles, et sont toujours les dernières à être payées, quand elles le sont. Nous arrivons maintenant à la fin du temps imparti : les sols n’en peuvent plus ! Saturés de pesticides, brûlés par les produits chimiques qui les ont transformés en désert sans bactéries, sans vers de terre, donc sans rien pour en faire de la matière nourricière, les sols sont morts ! Il faut trois ans pour le passage en bio, c’est à dire pour leur permettre de se régénérer un peu. Covid 19 nous oblige à compter en semaines : on fait comment ? Il n’y a pas d’échappatoire. Il va falloir être brutal : il faut interdire tout de suite – pas en 2025 ! – l’usage de TOUS les produits chimiques, et pas question de cache-sexe avec des interdictions ridicules dans une bande de 5 ou 10 mètres des habitations, soyons sérieux ! Évidemment cette interdiction va être un désastre social pour les exploitants agricoles – songez à la signification sémantique des mots : ‘’exploitant agricole’’… Pas paysan, pas cultivateur, pas jardinier : ‘’exploitant’’… Où est l’humanité là-dedans ? Le sens de la terre ? – Et la responsabilité de ce désastre ne reviendra pas à ceux qui devront prendre les mesures drastiques d’aujourd’hui : elle est celle de tous les gouvernants et fonctionnaires depuis soixante ans, eux qui n’ont rien fait alors qu’ils savaient.

Comment traduire tout cela en termes d’engagement individuel ? Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit au final : si CHACUN de nous ne s’y met pas, on n’arrivera à rien. Le collectif est fait de la participation de chacun. Alors vous faites ce que vous voulez, moi voici ce que je vais essayer de respecter à chaque instant de ma vie les six commandements qui suivent :

  1. Par ma curiosité scientifique et culturelle, mon libre arbitre je construirai.
  2. En ajustant mon libre arbitre grâce à mon sens des responsabilités, librement je me comporterai, même si cela passe parfois par la désobéissance : c’est mon droit de retrait d’homme libre. Albert Einstein disait : ‘’il ne faut jamais agir contre sa conscience, même si c’est l’État qui vous le demande’’.
  3. En évitant de trop consommer, de trop dépenser de ressources, de trop détruire ou de trop jeter, la planète des générations futures obsessionnellement je préserverai.
  4. Dans le respect de ses manières de vivre, de penser, de se comporter, même s’ils diffèrent des tiennes, autrui je respecterai.
  5. En me mettant au service des plus faibles et des plus démunis, éthiquement je me comporterai.
  6. En toutes circonstances, humainement, mes actes j’assumerai.

“Mer, ô mer, infinie et toujours recommencée !…”
(oui, je pompe sur Paul Valéry, il l’a si bien écrit…)

Depuis l’âge de 13 ans, j’ai toujours navigué. A la voile. Quand je ne navigue pas, je prépare mes futures navigations. Certains appellent les gens comme moi des voileux. C’est une obsession – ou un bienfait, rayez la mention inutile.
Puis j’ai découvert que le monde ne s’arrêtait pas sous la quille de nos bateaux, et ce fut un nouveau choc! Marins mes frères, plongez, des merveilles vous attendent !
Dans tous les cas, ces addictions sont sans remèdes connus. Il paraît que ce ne sont pas des maladies, même si, parfois…

Finalement, j’ai réussi à vivre de ma passion, mal mais c’était prévisible. De convoyages de bateaux neufs à leurs préparations, à réparer des unités plus anciennes, je me suis construit une petite expérience, géographiquement limitée aux zones tempérées et tropicales des deux hémisphères. Il me reste à découvrir le reste du monde. Grâce à Argo qui sera le support de l’Expédition Escondida, ce rêve de gosse va pouvoir devenir enfin réalité. J’ai hâte.
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La mer a toujours été un lien entre les hommes, parfois cruel avec ses tempêtes ou ses calmes immenses, toujours exigeant. Apprivoiser la mer a été long. Beaucoup de pages ont été écrites, glorieuses ou honteuses, pacifiques ou – le plus souvent hélas – violentes. Du mythe de la flibuste caraïbe à celui du cap Horn, de l’Atlantide à la Longue Route, des explorations polaires au vagabondage tropical, du transport maritime robotisé à la grande ou la petite pêche, cet univers dicte sa loi aux hommes et parfois la rappelle durement aux distraits.

La grande Histoire, celle avec un H majuscule, est souvent composée de petites histoires humaines, celles des plus humbles ou des plus faibles. Tous font partie de l’humanité. Il faut ouvrir son cœur et son esprit pour les accueillir car tous le méritent. Par ma plume, mes voyages ou ce que j’organise, j’essaie humblement d’apporter ma petite goutte d’eau – salée. Nous sommes tous des colibris.

Le milieu et les colibris, parlons-en. La préservation de notre petite planète est la pierre d’achoppement de l’humanité du 21ème siècle. Celle qui lui a fait se casser la gueule - je l’écris au passé car le choc a déjà eu lieu et nous souffrirons de bien plus que de simples ecchymoses! Pour la première fois dans l’Histoire, une espèce doit faire le choix conscient entre sa survie ou sa disparition – laquelle en entraînera d’autres. Comme en toutes choses, la facilité a été mauvaise conseillère, les mauvais choix ont été faits, et l’extinction a commencé…

Car à constater l’aveuglement et les tergiversations des responsables en postes de décision, hommes ou femmes politiques soumis aux lobbys de tous bords ou professions incapables de remettre en cause leurs pratiques dangereuses, toute possibilité de se tirer d’affaire sans pertes sérieuses est compromise - et c’est un euphémisme! On a oublié qu’Etats, collectivités publiques, administrations, entreprises privées, associations ou fondations, ne sont que des outils dont la mission reste de permettre à tous les humains de vivre ensemble, et sans l’intégration de l’indispensable dimension écologique à leurs fonctions, ces outils ne servent à rien.

Les dés ont été jetés il y a longtemps, les mesures à prendre auraient dû l’être il y a cinquante ans : le rapport “The Limits to Growth” (“les limites de la croissance”) du MIT a été publié en 1972, AVANT le premier choc pétrolier! Mais les décideurs d’alors n’ont pas perçu les enjeux, leurs successeurs ont joué la montre et la victoire aux élections d’après, soit qu’ils étaient conscients mais soumis, soit qu’ils étaient inconscients mais dans ce cas ils n’avaient rien à faire à leur poste. Trop peu et trop tard mènent toujours à des défaites et des désillusions. Le destin frappe à la porte maintenant. Comme disait Winston Churchill, “voici venue l’heure des conséquences”, lesquelles peuvent être un commencement si on se dépêche! Mais qui est capable d’avoir une vision à long terme à l’âge de l’immédiateté des réseaux pseudo-sociaux et de la rumeur des sondages ? Le même Winston Churchill disait “un homme politique devient un homme d’Etat quand il cesse de penser aux prochaines élections pour penser aux prochaines générations”…

Le coronavirus vient à point pour remettre les pendules à l’heure: nous sommes à la merci de presque rien, et la complexité de nos sociétés nous rend fragiles et dépendants, de manière exponentielle, au moindre grain de sable.

Paradoxalement, la pandémie pourrait être une chance extraordinaire si l’Homme réapprenait l’humilité, en profitait pour faire le tri entre ses besoins réels ou supposés, et se débarrassait des mauvaises habitudes consuméristes qu’il a acquis pendant les soixante dernières années de je-m’en-foutisme envers son milieu naturel. Notre planète a besoin d’une pause et l’humanité a besoin d’une pensée nouvelle.

Mais comme obéir est souvent plus simple et plus rassurant que penser, inventer, et permettre de croître, je suis prêt à parier que l’humanité va perdre cette occasion de refonder sa civilisation, en même temps qu’elle perdra en quelques années les libertés qu’elle avait conquises au cours des deux ou trois siècles précédents. L’hystérie verbale et comportementale de politiques supposés responsables puisque élus, ou de hauts fonctionnaires censés appliquer la loi, appuyée sur le terrain par l’hyper-violence de policiers surarmés face à des manifestants pacifiques, l’inefficacité de la même police pour empêcher de supposés “black blocs” de ravager des centre-villes, laisse augurer du pire. Quel meilleur prétexte que cette pandémie pour faire disparaître les libertés individuelles chèrement conquises par les générations précédentes! Le fascisme contemporain, élu légalement tout comme ses ancêtres du passé ne l’oublions pas, n’a pas besoin d’uniformes paramilitaires ni de comportements guerriers. Il arbore le costard-cravate ou le tailleur BCBG du bureaucrate, voire le jean de la jeunesse bien-pensante. Il pose des diktats intellectuels que chacun s’empresse de suivre sous prétexte de responsabilité sociétale. Voici un prétexte fabuleux - dû au plus grand des hasards, je veux bien le croire - pour les autocrates qui peuvent enfin reprendre ce que les générations précédentes de leurs semblables avaient laissé filer doucement, grandement aidés par l’abêtissement qu’a permis la déculturation des populations dont les programmes scolaires ont petit à petit été soigneusement vidés de ce qui permettait à chacun de construire sa réflexion propre et son libre arbitre. La génération à venir sera une génération d’esclaves, à laquelle on laissera quelques miettes de libertés sans importances pour lui faire croire qu’elle est libre.

L’Expédition Escondida, si les conditions réglementaires et financières lui permettent de partir, va permettre de découvrir ou d’approfondir quelques connaissances à propos de notre planète en même temps que satisfaire simultanément les soifs de voyage, de voile et de plongée de quelques-uns qui embarqueront pour la circonstance.

Evidemment, découvrir l’île tabou des polynésiens et de Corto Maltese serait un sacrilège, alors si la recherche en sera menée sérieusement, ne vous attendez pas trop à voir publié sa position exacte… Ce sera surtout l’occasion de documenter plein de domaines où les recherches sont trop peu fouillées: mouiller des flotteurs Argo, collecter et examiner des échantillons de plancton, recenser des populations de petits cétacés et essayer de suivre leurs migrations,se pencher sur le magnétisme terrestre… les domaines sont vastes comme Moana Nui, le Grand Océan, et innombrables comme les champs où s’exerce la curiosité humaine!
Sans oublier de ramasser du plastique là où il n’y a rien à faire, dans l’eau ou sur le littoral!
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Quand fin 2013, mon vieil ami Guy Bernardin m’a demandé ce que j’allais faire en 2018 et proposé d’organiser avec lui le cinquantenaire de la Longue Route de Bernard Moitessier, j’étais loin de penser qu’il irait patauger dans l’eau à côté de son bateau et me laisserait tout le boulot! J’espère avoir fait ce qu’il aurait voulu faire, sans doute pas de la même façon mais personne ne s’est plaint à ma connaissance. La Longue Route 2018 a rassemblé des navigateurs aux parcours de vie et de mer époustouflants. Avouerai-je que mon angoisse quotidienne a été que tous reviennent sains et saufs?
www.longueroute2018.pagexl.com (avec ou sans les www selon votre navigateur).

Les fiers membres de la Société des Explorateurs Français dont j’ai l’honneur de faire partie le confirmeront tous, quels que soient leurs domaines de prédilection: tout, même aujourd’hui à l’heure des écrans, est d’abord écrit. Les livres sont un autre monde. Ils ouvrent les portes de l’imaginaire et de la connaissance. Voici les miens, ceux que j’ai écrit ou traduit. Vous pouvez me contacter à leur sujet pour les commander directement ou pour papoter, je vous répondrai en essayant de ne pas être trop pompeux.
Si vous êtes libraire, mes ouvrages sont référencés dans les bases de données et vous bénéficierez des conditions habituelles.
Qui que vous soyez, je suis avide de vos retours. N’hésitez pas. Merci.

Romans:
Gentilshommes de fortune, une bromance aux temps héroïques de la flibuste.

Long Yang, qui a reçu une mention spéciale du jury au prix Écume de Mer 2010, raconte les tribulations d’un prince chinois, inventeur de la marine impériale. Qui a dit que la vie de prince est de tout repos?

Un détail sans importance, une histoire de genre à l’heure où cette question se pose dans notre société frileuse, illustre comment l’amour naît entre deux êtres et se contrefiche de tous les obstacles. Situé à La Rochelle et inspiré par des êtres vivants, je n’ai même pas cru devoir changer leurs noms! Se reconnaisse qui pourra!!!!

Ils d’elle est un manifeste érotique à lire entre les lignes sur la liberté en amour, l’acceptation des autres et de soi, qui se révéleraient bien meilleurs pour les individus et la société plutôt que l’hypocrisie, la pseudo-bienséance, et l’étroitesse d’esprit, qui gagnent du terrain en nos temps troublés.

Récits et essais:
Dans le sillage de Moitessier raconte la genèse de ce qui allait devenir le pèlerinage autour du monde des participants de la Longue Route 2018 lors du cinquantenaire de celle de Bernard Moitessier, et présente les skippers et leurs bateaux. Magnifiquement illustré par Guillaume De Bats, des changements de dernières minutes ont pu modifier quelque peu ce qui y est décrit.

Confessions d’un skipper est une compilation de souvenirs de ma carrière nautique, écrits parfois sous forme de fictions pour des raisons particulières au moment de l’écriture, participer à un concours de nouvelles par exemple.

Atlantide, état des lieux d’un mythe est le résultat de recherches faites au sujet du mythe de Platon, vu à travers les yeux d’un marin. Aussi bizarre que cela puisse paraître, cela n’avait jamais été le cas, pour un sujet pourtant éminemment maritime! Il est vrai que la géographie et l’histoire ne sont plus enseignées…

Traductions:
Le Journal de bord du Snark, écrit par Charmian, la femme de Jack London, raconte la croisière à travers le Pacifique effectuée par le couple au début du 20ème siècle. Elle fut le socle de tout le pan de création littéraire du grand écrivain consacré aux Mers du Sud. Pendant qu’il alignait ses mille mots quotidien pour faire bouillir la marmite, Charmian tenait le journal de route… Publié chez Arthaud !

Les Aventures brésiliennes de Joshua Slocum racontent les démêlés de l’auteur dans ce pays, qui sont à l’origine de son tour du monde en solitaire quelques années après. Comment un enchaînement de désastres peut changer un destin! A noter que la deuxième aventure n’avait jamais été publiée jusqu’à maintenant, même aux Etats-Unis: c’est une première mondiale ! Chez Arthaud aussi, rapprochez-vous de votre libraire pour le commander.

La plaisance d’aujourd’hui ne serait pas ce qu’elle est si Thomas Fleming Day n’avait pas imaginé une nouvelle forme de journalisme, celle des revues nautiques qu’on trouve dans tous les pays où ce loisir a pu se développer. L’homme avait un vrai talent pour faire partager sa passion des bateaux, qu’ils soient à voile ou à moteur, et a raconté ses deux traversées de l’Atlantique à une époque où cela relevait de l’exploit. Extraordinaire mais vrai: j’espère pouvoir republier bientôt ces récits inédits en français jusqu’à maintenant!

Certains hommes ne cherchent pas à réinventer ce qui existe et fonctionne déjà: Harry Pidgeon a été le premier constructeur amateur et le premier plaisancier à effectuer un tour du monde en solitaire, sur une version agrandie du Sea Bird de Thomas F. Day. Islander autour du monde raconte l’invention de ce mode de vie devenu depuis celui de tous les vagabonds des mers…

La tragédie de l’Essex, le livre qui inspira Moby Dick à Herman Melville, est aujourd’hui épuisé lui aussi. J’espère convaincre de le republier un jour, accompagné d’un autre texte baleinier à faire se dresser les cheveux sur la tête - même sur la mienne, c’est vous dire !

Entre autres récits de navigation des tout débuts de la plaisance, ceux du Capitaine Voss ont bien des choses à nous apprendre et vous feront réfléchir sur votre armement de sécurité si vous êtes plaisancier, en même temps que vous effondrer de rire car l’homme avait un sens de l’humour bien arrimé ! 7 000 000 £ retrace la chasse au trésor qu’il effectua pour retrouver celui de l’île Coco, infructueuse évidemment: le trésor y est toujours et vous attend !
40 000 milles en pirogue retrace son tour du monde à bord d’une pirogue monoxyle, exploit jamais réédité depuis, en même temps que le premier tour du monde en double.

Quelques récits de naufrages sont prêts aussi, histoire de se faire peur bien installé confortablement dans son salon, et plein d’autres textes pour les jeunes et les moins jeunes, y compris des mythologies inconnues en France elles aussi ! Bref, soyez attentifs à ma production si tout cela vous intéresse !

Evidemment, toute offre de publication émanant d’un éditeur compétent et sérieux sera accueillie avec bienveillance… J’en rêve !

Pour papoter si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à utiliser ce formulaire de contact. Mine de rien, je peux être expansif ou même bavard, vous voila prévenus… Vous pouvez aussi me commander mes livres, bien évidemment, avec ou sans dédicace, comme vous voulez…

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